|
06h00 Par Marie-Claude Aristégui |
Souriant bien sûr, les résultats du sondage Ifop sont pour le moins encourageants (58 % des intentions de vote) et il l'admet volontiers. Mais il ne plastronne pas. Olivier Falorni se dit trop attaché à la démocratie pour crier victoire à quelques jours du scrutin.
« Sud Ouest » Maxime Bono vous a sérieusement attaqué, disant qu'il ne vous voyait guère à la mairie et que la fédération PS que vous avez dirigée est un champ de ruines, que répondez-vous ?
Olivier Falorni Je ne réponds rien. Je ne veux pas tomber à ce niveau. Je laisse la calomnie où elle doit se situer, à hauteur du caniveau.
Cela vous blesse ?
Oui. Les propos de Maxime Bono, qui font froid dans le dos, sont caricaturaux et inspirés par une forme de panique. Moi, je ne donne pas de coups, je fais en sorte que la démocratie s'exprime.
la campagne est-elle allée trop loin ?
Oui. Ils vont trop loin.
Si dimanche vous gagnez, est-ce que cela changera quelque chose à la mairie ?
Je ne sais pas mais j'attendrais des excuses. On a le droit de déraper mais il faut le reconnaître.
Si vous êtes élu député, quel est le dossier que vous considérez comme prioritaire ?
Je me sens très concerné par la protection du littoral, obsédé même par la protection des biens et des personnes. Cette circonscription est liée à la mer et il faudrait qu'enfin l'État mette des moyens pour la protéger. Un député de La Rochelle doit être moteur. Je me souviens aussi que Ségolène Royal, en tant que présidente de région, a longtemps refusé de contribuer puis au moment de la campagne électorale, elle a changé d'avis.
Pensez-vous que vous serez écouté par Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre ? (NDLR hier, il lui a demandé de se retirer)
C'est un démocrate, il se soumettra au verdict des électeurs comme tous les démocrates. Imaginer que je serai un député isolé, c'est faire preuve de malhonnêteté.
Quelle est votre position sur l'autoroute, la LGV ?
Je suis pour l'autoroute et pour la LGV. Le désenclavement est nécessaire. Michel Crépeau a œuvré pour que le TGV arrive à La Rochelle, la LGV est un moyen pour poursuivre le développement économique. Je suis aussi favorable au développement du port mais pas au détriment des habitants. Une agence indépendante doit contrôler les activités industrielles qui ne respectent pas les règles environnementales. Elles doivent être stoppées. Je pense que les politiques doivent reprendre la main. Un député doit se battre pour le développement économique mais pas à n'importe quel prix.
Pensez-vous que le dispositif de la zone franche La Pallice-Laleu doit être maintenu ?
C'est une bonne idée, avec des objectifs nobles mais elle a été détournée. Il y a une concentration de professions libérales. Ce n'est pas le but. La vocation était de permettre à des gens issus de ces quartiers d'accéder à l'emploi.
Publié il y a 1 heure - Mis à jour il y a 31 minutes - Première édition
Olivier Falorni, le candidat dissident du PS, à La Rochelle face à Ségolène Royal a confirmé ce mardi matin sur notre antenne son intention de présenter sa candidature pour le second tour.
Olivier Falorni a également déclaré ce mardi matin préférer être "un élu local implanté sur le territoire plutôt qu’une candidate parachutée".
|
06h00 | Mise à jour : 07h58 Par Patrick Guilloton |
Ségolène Royal est aujourd'hui en ballottage délicat.
Un affrontement qui dure depuis trois ans.
Une élection, pour peu qu'on la compare à un affrontement sportif, n'est jamais terminée avant le coup de sifflet final. En fait, avant le vote du dernier électeur.
N'empêche qu'aujourd'hui, pour poursuivre dans la métaphore sportive, l'équipe Royal est, à La Rochelle, dans une situation bigrement difficile à une semaine de la fin d'un match dont l'enjeu est le siège de député de la circonscription. On sait que Ségolène Royal ne distance son opposant socialiste Olivier Falorni « que » de 3 points à la veille d'un duel délicat. En effet, la droite - éliminée au premier tour -, dans un réflexe propre à la Charente-Maritime, où l'on n'apprécie guère qu'on vienne d'ailleurs expliquer ce qui est bon ou mauvais pour le territoire, appelle, plus ou moins clairement selon ses leaders, à barrer la route à la présidente de Région.
Jean-Pierre Raffarin était hier soir à Pons pour une réunion de soutien à son ami Dominique Bussereau, en ballottage dans la 4e circonscription de Charente-Maritime. Un meeting au cours duquel il a souvent été question de La Rochelle. Bussereau a été clair. Certes, il ne veut pas « se mêler » du duel rochelais, mais il se prononce pour le choix « du candidat de terrain, du candidat de la Charente-Maritime, du rassemblement de la Charente-Maritime ». Pour sa part, Raffarin, parlant d'un département de « la subtilité », a souhaité qu'à La Rochelle, l'électeur se prononce « en toute liberté, selon son affect charentais ». Avant de tomber à bras raccourcis sur Ségolène Royal !
Cette dernière aurait-elle pu éviter de se retrouver dans pareil pétrin ? Oui, mille fois oui. Si, d'une part, elle ne s'était pas entêtée à vouloir conquérir cette ville à la hussarde ; si, d'autre part, depuis des années, elle avait accepté d'entretenir avec Olivier Falorni des rapports « normaux » - le mot est très tendance -, comme cela devrait être le cas entre militants d'un même parti.
Ailleurs possibles
Au vu des résultats de dimanche, chacun s'accorde à reconnaître que Ségolène Royal s'est lourdement trompée en ciblant La Rochelle. Parce qu'elle pouvait, en Poitou-Charentes, plutôt que viser une circonscription très à gauche où le sortant PS ne se représentait pas, aller défier des députés de droite dont on sait que les bastions étaient largement prenables. Comme à Châtellerault, où elle a tout fait pour que la circonscription soit réservée aux écologistes ; comme, surtout, en Charente-Maritime, à Rochefort, où l'UMP Jean-Louis Léonard est en situation fort délicate face à la socialiste Suzanne Tallard, laquelle, dimanche, est sortie gagnante de la primaire qui l'opposait à l'un de ses camarades de Désirs d'avenir, le courant Royal au sein du PS. Rochefort où le PS aurait déroulé des tapis de roses sous les pas de Ségolène Royal si elle avait consenti à s'y présenter…
Trois ans sans se parler
Au lieu de cela, elle a choisi de tenter de passer en force à La Rochelle. Dans un secteur où ses démêlés avec celui qui était jusqu'alors secrétaire fédéral du PS, Olivier Falorni, ne dataient pas d'hier.
Déjà, en 2008, après le vote des motions favorables à ses couleurs, la présidente de Région avait essayé, par le biais de l'un de ses proches, de priver Falorni du secrétariat fédéral. Loupé. Ce professeur d'histoire, aujourd'hui âgé de 40 ans, avait à cette occasion montré que son extrême proximité avec François Hollande lui avait au moins enseigné le sens tactique.
Rebelote en 2009, au moment de constituer les listes pour les régionales. Sans en parler à la fédération, Ségolène Royal annonçait vouloir mettre en tête de sa liste départementale deux de ses obligés. Tempête Falorni assurée, vote du conseil fédéral, Royal désavouée. Voilà comment Falorni a conduit la liste, battu Bussereau et fait son entrée au Conseil régional dans la majorité de son amie la présidente. Laquelle a décidé de l'ignorer superbement. Pas la plus petite responsabilité au sein d'une commission, pas même la représentation de l'institution régionale dans un lycée rochelais. Le mépris le plus total. Et ce n'est pas faute que des âmes charitables soient venues à maintes reprises lui expliquer qu'elle abordait la question à l'envers.
« Sollicitude suspecte ! »
Et voilà que pour ces législatives, c'est quasiment en lisant le journal qu'Olivier Falorni, « patron » du PS dans le département a appris la volonté de Ségolène Royal de se présenter à La Rochelle. Avant que ladite candidature soit imposée au niveau national, sans que les militants aient leur mot à dire. Qu'aujourd'hui, dans le camp Royal, certains jouent les vierges effarouchées en vilipendant l'attitude d'Olivier Falorni ne surprendra que les ignorants des épisodes précédents.
Tous ceux qui connaissent le feuilleton n'ont pu s'empêcher d'être amusés en voyant, dimanche soir, à l'heure des résultats, sous l'œil des caméras, Ségolène Royal, sourire aux lèvres, lancer à Olivier Falorni : « Olivier, il faut que l'on discute… » Sans se départir de son flegme, celui qui a été exclu du PS, mais se dit assuré d'y revenir s'il est élu, n'a pas répondu. Avant de confier, en toute discrétion, la mine gourmande : « Cela fait trois ans que Ségolène Royal ne m'a pas adressé la parole. Je trouve sa soudaine sollicitude bien suspecte ! »
|
06h00 | Mise à jour : 07h47 Par Patrick Guilloton |
Second tour fort indécis entre Ségolène Royal, investie sans vote par la direction du PS, et Olivier Falorni, ex-leader du même PS dans le département.
Après son piètre résultat du premier tour de la primaire socialiste, en octobre dernier (moins de 7 %), Ségolène Royal a vécu, hier, une nouvelle déconvenue dans la circonscription de La Rochelle-Ré, puisqu'elle est talonnée par Olivier Falorni, l'ancien secrétaire fédéral du PS contre lequel elle va se retrouver dimanche prochain.
Dans le camp de la présidente de la Région Poitou-Charentes, on croisait les doigts pour que la jeune élue municipale et régionale, Sally Chadjaa, laquelle portait les couleurs de l'UMP, puisse se maintenir. En effet, en cas de triangulaire au second tour, la messe semblait dite et Ségolène Royal quasiment assurée de l'emporter.
Malheureusement pour elle, c'est le scénario catastrophe que les électeurs ont, hier, décidé d'écrire. Dimanche prochain, ce sera le duel, tant redouté d'un côté, tant espéré de l'autre… Sally Chadjaa a été éliminée parce que incapable, avec 19,47 % des suffrages exprimés, d'atteindre la barre fatidique des 12,5 % des inscrits.
Ainsi donc, au cœur de cette Rochelle « belle et rebelle » et sur les rivages de Ré la blanche va-t-on retrouver, pour une bataille sans merci, deux personnalités de gauche, deux figures politiques dont la proximité avec le président de la République est évidente : Ségolène Royal est la mère de ses enfants, et Olivier Falorni l'un de ceux qui, sans jamais faillir, l'a accompagné au plus près dans son combat politique durant ces dix dernières années. A La Rochelle, d'ailleurs, aux universités d'été, quand on cherchait Falorni, il convenait de trouver Hollande, et vice versa.
Trois petits points
Ségolène Royal a donc du souci à se faire parce qu'hier, elle n'a distancé son rival que d'un peu plus de 3 points (32,03 % pour elle, 28,91 % pour lui). Et que, dans le mano a mano qui s'annonce, elle va devoir compter sur un élément qu'elle ne connaît pas. À savoir ce que, dans un passé plus ou moins récent, les observateurs appelaient « le parti de la Charente-Maritime ».
Une « invention » des Crépeau, Marchand, Moinet à gauche, Belot, Bussereau, Blaizot, de Lipkowski à droite. Tous ceux-là s'étripaient lors des campagnes électorales, mais ils savaient composer une union sacrée lorsque l'intérêt supérieur du département était en jeu.
Cette union a existé bien des fois, ne serait-ce que pour lancer la construction du pont de l'île de Ré. Et cette union, hier soir, on avait le sentiment de la voir renaître.
En écoutant le socialiste Philippe Marchand, ancien ministre de l'Intérieur de François Mitterrand, depuis le premier jour ardent soutien de Falorni, annoncer qu'il allait passer sa semaine à faire campagne. « J'ai été dix ans président de la commission des conflits au PS, je n'ai jamais vu une candidature imposée comme l'a été celle de Royal. Comme Crépeau, je n'ai jamais admis les diktats et les oukases de Paris. »
De son côté, Dominique Bussereau, président UMP du Conseil général, expliquait que « Falorni, rugueux adversaire politique, est un homme respectable parce que loyal et correct ». « Il a été maltraité par son parti de manière invraisemblable. J'invite tous les Charentais-Maritimes à se rassembler derrière lui dimanche prochain. »
Reste que Ségolène Royal, puisqu'en tête, n'a pas hésité, « tendant la main », à appeler Olivier Falorni « à un désistement républicain ».
La réponse n'a pas tardé : « Je suis libre de mes décisions, j'appelle à un large rassemblement derrière moi », a répondu l'ex-premier secrétaire fédéral du PS, exclu pour dissidence mais poussé par nombre de socialistes, chapeau bas devant le courage de celui qui a su dire non.
La semaine qui s'annonce va être « sportive ». Déjà, dans le camp Falorni, on a commencé à montrer du doigt ceux qui, proches de Royal - en premier lieu son suppléant - cumulent les mandats d'élu et les emplois dans les sphères municipales. Ségolène Royal, de son côté, est, on le sait, une terrible battante.
Elle a déjà appelé à la rescousse Jean-Marc Ayrault en personne. Gageons qu'elle va certainement tenter de multiplier les soutiens de poids…
|
06h00 Par Marie-Claude Aristégui |
Manifestement, tous les opposants de Ségolène Royal se sont ligués pour la faire perdre. Hier soir, Sally Chadjaa, la candidate UMP, a appelé à « voter blanc ». Dominique Bussereau, en revanche, président du Conseil général et de l'UMP en Charente-Maritime, a exhorté à voter pour Olivier Falorni. « C'est un candidat de Charente-Maritime, travailleur, estime-t-il.C'est ma conception de la politique même si je sais qu'une fois élu, il ne siégera pas dans le même groupe que moi. Sally Chadjaa a fait une bonne campagne mais maintenant il faut faire un choix. »
Certes, Ségolène Royal (1), comme elle se plaît à le souligner, arrive en tête de ce premier tour de scrutin dans la première circonscription de Charente-Maritime (La Rochelle-Ré) avec 32, 03 % des suffrages exprimés. Mais il n'y aura pas de triangulaire et l'écart qui la sépare d'Olivier Falorni (ex-premier fédéral) n'est que de 3,22 %.
C'est la candidate UMP, Sally Chadjaa, qui arrive en troisième position avec 19,47 %. Autrement dit, le duel redouté dans le camp « royaliste » aura bien lieu et l'hypothèse d'une victoire d'Olivier Falorni est tout à fait crédible. Surtout si la droite répond à l'appel de Dominique Bussereau et continue à le plébisciter.
Curieuse ambiance hier soir à l'Oratoire, à La Rochelle, avec des hurlements de joie venus du clan Falorni et d'autres issus du camp Royal. Et Maxime Bono qui peinait à se faire entendre...
« Olivier, il faut... »
Proclamation des résultats. Aussitôt, Ségolène Royal s'approche du candidat qui la talonne et lui dit : « Olivier, il faut que l'on discute ». L'intéressé ne répond pas. Et, en aparté, précise: « Cela fait trois ans que Ségolène Royal ne m'a pas parlé. Je trouve cette sollicitude soudaine bien suspecte. »
De son côté, Ségolène Royal explique : « Il y a une règle, celui qui arrive en tête doit rassembler. Olivier Falorni réclamait des primaires, il les a eues et c'est moi qui suis en tête. C'est à moi de faire le premier pas, je l'ai fait, je suppose qu'il va réfléchir, on se parlera certainement en responsables politiques. » Mais Olivier Falorni n'a aucune intention de se désister en faveur de Ségolène Royal comme elle le souhaite.
Renoncer maintenant, voilà quelque chose qu'il n'envisage pas du tout. D'autant qu'il ne risque pas de faire perdre la gauche et la majorité présidentielle dont il se revendique.
D'évidence, de nombreuses voix émanant de la droite ont choisi le candidat Falorni. Il le sait. Forcément. « Je veux être un candidat de rassemblement, je suis de gauche, personne ne l'ignore, répète-t-il. Les électeurs devront maintenant trancher entre un candidat ancré dans le territoire et une candidate qui ne rêve que de perchoir. »
Maxime Bono, député sortant, socialiste, maire de La Rochelle, espère que les électeurs choisiront « la candidate qui a un bilan et un projet ». Mais l'éventuelle victoire d'Olivier Falorni lui est insupportable. Au point de déclarer ne pas avoir envie de travailler « avec un député » qui l'attendrait au coin du bois. Et d'ajouter : « Cela veut dire que je me réserve le droit de finir ma vie comme je l'entends ».
(1) EELV et le Front de gauche appellent à voter pour Ségolène Royal.
Par Michel Revol
Le Point.fr - Publié le 07/06/2012 à 06:35 - Modifié le 07/06/2012 à 09:25
Elle ne quitte pas Jean-Marc Ayrault d'une semelle. Ségolène Royal est toujours à son côté, quand il descend du TGV, quand il chemine sur le quai de la gare de La Rochelle au milieu de la bousculade des caméras, quand il s'installe à une table ronde avec des patrons dans une imprimerie, et bien entendu quand il prend la parole, en fin de journée, sur un podium installé près du port, au milieu d'un terre-plein occupé par quelques centaines de curieux. Elle est toujours près de lui, immanquable dans sa robe corail, souriante, légèrement hâlée. Elle ne veut pas manquer ce rendez-vous avec le Premier ministre, venu tout exprès de Paris pour la soutenir dans sa quête de la circonscription de La Rochelle.
L'entourage de l'hôtesse du jour assure que c'est le Premier ministre qui a proposé ses services, car il faut à tout prix chasser l'idée que Ségolène Royal aurait lancé un appel à l'aide. Pourtant, à Matignon, on assure que c'est elle qui a fait la demande. Le rendez-vous a en tout cas porté ses fruits : un sondage réalisé le lendemain lui accorde trois points de plus qu'une étude menée avant la visite. C'est ce qu'on doit appeler l'effet Ayrault.
Le sondage, dévoilé mardi 5 juin, a sans doute redonné de l'entrain à la candidate du PS. Jusqu'alors, son chemin vers l'Assemblée nationale était plutôt chaotique. Son arrivée à La Rochelle, après la primaire, déclenche les hostilités. Dans la cité portuaire comme à Solférino, on ne comprend pas pourquoi la dame bénéficie d'une circonscription gelée pour elle, l'exonérant du vote des militants, alors qu'elle place la "démocratie participative" au coeur de sa politique. Mais qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour l'ex-candidate à la présidentielle...
Un homme, Olivier Falorni, ne l'entend pas de cette oreille. Bon ami de François Hollande et patron du PS de Charentes-Maritimes, le quadra à la coupe en brosse blanche maintient sa candidature à la législative. Il est aidé par les rivaux locaux de la présidente de Poitou-Charentes comme Jean-François Fountaine, patron influent des chantiers navals Fountaine Pajot. Au début de sa campagne, Ségolène Royal reçoit Fountaine pour tenter d'obtenir son soutien. Il l'éconduit poliment. Elle enrage, l'accusant de monter un complot avec Lionel Jospin (les deux hommes régatent ensemble), voisin de l'île de Ré. Tout naturellement, Falorni est exclu du PS. Dans les rues blanches de La Rochelle, les panneaux électoraux comportent donc deux affiches quasiment identiques : celle de Ségolène Royal, baptisée "Majorité présidentielle avec François Hollande", et celle d'Olivier Falorni, "Candidat soutenant la majorité présidentielle"...
Depuis quelques semaines, Ségolène Royal se multiplie. Elle se rend six jours sur sept dans la circonscription, organise une réunion publique par soir avec une centaine de militants en moyenne, arpente les marchés... Mais, curieusement, elle ne répond pas à la presse nationale, refusant les interviews (une quarantaine de demandes seraient en souffrance). Bizarre, pour une femme habituée à mettre en scène ses actions.
Chercherait-elle à taire ses difficultés ? C'est ce que pensent ses opposants. Jusqu'au dernier sondage, les écarts étaient serrés. Le vendredi 1er juin, la presse locale publie une première étude qui donne Falorni 7 points derrière Ségolène Royal (14 dans la dernière estimation), mais surtout seul rival au deuxième tour de la candidate du PS. Le scénario était pour elle périlleux, puisque l'UMP a d'ores et déjà annoncé, avec un rien de perversité, qu'elle appellerait à voter Falorni en cas de duel entre les candidats de gauche. La semaine dernière, avec l'aplomb qui la caractérise, Ségolène Royal louait donc les mérites de la candidate UMP, Sally Chadjaa, dans l'espoir qu'elle se qualifie pour le second tour. La triangulaire qui se jouerait alors assurerait la victoire de Royal, puisque les électeurs de droite voteraient pour la candidate UMP, non pour Falorni...
Ségolène Royal n'en est pas à une curiosité près. En bonne candidate, elle se rend dès le début de la campagne partout, des fêtes les plus populaires (celle du port de la Rochelle, par exemple) aux événements les plus incongrus. Un jour, elle assiste à l'assemblée générale de la Ligue régionale de cyclotourisme ; un autre jour, elle rend visite à un couple de retraités mollestés par des voyous ; un autre, elle signe un accord avec un office HLM pour officialiser une opération qui fonctionne très bien depuis sept ans. À chaque fois, elle a droit à un compte rendu dans la presse locale, photos à l'appui.
Mais, mise en difficulté par la dissidence d'Olivier Falorni, elle commet quelques bourdes. En mars, elle sollicite tous les élus radicaux de gauche du coin pour obtenir leur soutien lors de l'élection. Sans attendre leur accord, elle publie leurs noms sur ses tracts, provoquant quelques coups de fil outrés des édiles. Henri Lambert, maire de Nieul-sur-Mer, confie même qu'elle lui aurait fait du chantage s'il ne la soutenait pas, ce que Ségolène Royal dément formellement. Elle prendrait d'ores et déjà des contacts avec d'autres formations (écolos, centristes...) pour demander dès dimanche soir leur soutien en vue du second tour.
Dès le 17 juin, Ségolène Royal se lancera, si elle est élue, à l'assaut de son objectif final, qu'elle a annoncé il y a quelques mois : la présidence de l'Assemblée nationale. Là encore, la route est escarpée : Jean Glavany, ami de Jospin, sera un rival coriace pour le perchoir, et l'animosité qu'elle provoque chez les députés PS compliquera sa désignation à bulletins secrets. Le coup de pouce de Jean-Marc Ayrault, ex-patron des députés socialistes, ne sera pas de trop. "Ségolène est importante dans le dispositif de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Elle n'est pas une petite chose !" veut croire l'entourage de la candidate. Elle valait bien, en tout cas, qu'en pleine tempête économique le Premier ministre sacrifie une demi-journée pour se rendre à La Rochelle, un vendredi ensoleillé. C'est la seule fois où il est venu dans une circonscription qui restera, dans tous les cas, acquise à la gauche...